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Quels répertoires pour les amateurs ? - Judith Sibony - entretien avec Malgven Gerbes
Par Sonia Leplat, le 5 juin 2024.
Dans le cadre d’une observation sur le lien entre les pratiques en amateur et les répertoires en 2021, la journaliste et autrice Judith Sibony s’est entretenue avec plusieurs personnalités du monde du spectacle, ici la chorégraphe Malgven Gerbes, également co-fondatrice de la compagnie S H I F T S.
Entretien avec la chorégraphe Malgven Gerbes
Un partage transparent du processus intérieur
Une partie importante de votre activité de chorégraphe consiste à intervenir auprès d’amateurs qui ne sont pas forcément volontaires au départ... Pouvez-vous nous raconter une de ces expériences ?
L’exemple qui me vient est lié à une pièce que j’ai créée en 2013 avec cinq danseurs professionnels et que j’ai beaucoup reprise dans le cadre d’ateliers, notamment avec des jeunes. Le spectacle s’appelle Festina Lente (en latin : se hâter lentement). C’est une pièce construite autour de l’influence du public sur les danseurs : les spectateurs doivent compter jusqu’à cent en se relayant tandis que les danseurs font des tableaux chorégraphiques qui correspondent aux chiffres prononcés, et si deux personnes disent le même chiffre en même temps, il faut tout recommencer à zéro. Les chorégraphies sont très précises, mais elles changent en fonction du public et des accidents qui ne manquent pas d’arriver au cours du décompte. Il faut donc à la fois bien connaître sa partition et développer une vraie capacité à prendre des décisions, à improviser des solutions...
On m’a proposé de remonter cette pièce en immersion dans un collège avec une classe de SEGPA (section d’enseignement général et professionnel adapté, rassemblant, en effectifs limités, des élèves dont on considère qu’ils ont besoin de soutien scolaire). On s’est vus plusieurs fois sur trois semaines. D’abord dans leur collège, puis ils sont aussi venus nous voir répéter avant de répéter eux-mêmes dans les espace de la Scène Nationale de Dieppe (76). Je passe les détails sur la préparation du spectacle (répétitions d’abord chaotiques, puis l’ordre s’est établi en même temps que la motivation, petit à petit) pour en venir aux représentations. Sur scène, ces adolescents faisaient quelque chose que les danseurs professionnels ne font pas et qui m’a beaucoup marquée : ils montraient clairement quand ils étaient découragés ou excités (en fonction des erreurs du public) ; ils se donnaient des conseils en pleine représentation ; bref, il y avait un partage très transparent du processus intérieur et j’ai trouvé que c’était une qualité touchante et drôle à partager avec le public.
Iriez-vous jusqu’à dire que lorsque des amateurs jouent une pièce de votre répertoire, ils en révèlent des secrets cachés ?
En tout cas il y a dans leur attitude quelque chose qui rend plus transparents les caractères, leur rapport à l’espoir, les styles de mouvements inconscients qui viennent chez chacun, les pointes d’humour aussi, même de ceux qui sont timides.
Avec les professionnels, l’enjeu est surtout dans la densité des tableaux chorégraphiques, alors qu’au contact des amateurs, j’ai senti que faire des choses compliquées n’était pas essentiel : on a élagué en cherchant finalement ce qui m’intéresse le plus, en tant que chorégraphe : la qualité de mouvement, la qualité d’interprétation et surtout : la qualité de présence.
Et puis les amateurs imposent un travail très intéressant de clarification de la partition, pour que ce qu’on partage soit le plus lisible possible et que le public puisse vraiment jouer le jeu.
Même si j’adore travailler avec des danseurs de haute technicité, je me suis rendu compte que je peux très bien m’y retrouver avec des amateurs, car ce qui compte le plus pour moi, au final, c’est le côté humain des gens qui sont observés ; le lien entre les gens, les questions psychologiques, sociétales, le côté imparfait des choses, assumé comme tel.
Travailler avec des amateurs va exactement dans le sens de ce qui m’intéresse le plus dans un spectacle : qu’il y ait toujours quelque chose qui reste vivant et en lien avec le réel.
Une même pièce de votre répertoire peut donc mettre en relief des choses différentes selon les personnes avec qui vous la reprenez...
Oui. Pour garder l’exemple de Festina Lente, on a ensuite repris cette pièce avec une petite équipe d’élèves du Conservatoire du Havre ; des jeunes de16-17 ans. Etant familiers de la danse contemporaine, ils ont vite compris la manière dont on avait construit la partition, du coup on les a laissé développer eux-mêmes des choses nouvelles. Car je considère que c’est aussi le sens de ce genre d’interventions : encourager les danseurs, quel que soit leur niveau, sur la voie de l’émancipation.
Encourager les danseurs, quel que soit leur niveau, sur la voie de l’émancipation
Ils se sont donc emparés de la proposition, prenant en main toutes les parties un peu libres que laissait le dispositif. On a ajouté des détails musicaux, ils ont voulu ajouter plus de danger physique dans la qualité des mouvements...
Comment traitez-vous la question du niveau lorsque vous donnez à danser une pièce de votre répertoire ?
On ne parle pas en termes de niveau : simple, compliqué, etc. Je considère qu’une chorégraphie est un travail de portrait, et un portrait ça ne relève pas du « c’est bien » ou « c’est pas bien ». Mon intérêt est de mettre en valeur les potentiels que je pressens chez les gens, ce qui fait plus ou moins briller leurs yeux, du coup on va ensemble ds cette voie.
Quand on a douze ans, on s’intéresse plus à certaines choses, et à dix-sept ans on s’intéresse à d’autres. Les transformations qu’on peut apporter à une pièce sont liées à ces questions de priorité plus qu’à une question de niveau.
Avec des gens non expérimentés, les mouvements seront plus en rapport avec leur quotidien : la marche, des gestes de football, de disputes, des références audiovisuelles. On sera plus dans des images du quotidien. Mais au-delà, il y a tous les mouvements inconscients qu’ils font et qu’ils ne maîtrisent pas, et qui sont très émouvants à voir : une façon de remonter les épaules, de lever les yeux au ciel, de regarder derrière pour voir si quelqu’un les regarde. Une façon de laisser voir tout ce qui leur passe par la tête. J’aime l’idée qu’une même pièce évolue selon le groupe avec lequel je la rejoue, parce qu’il y a toujours une sorte de négociation naturelle entre la partition, eux, moi, le contexte.
Ça a beau être une pièce de répertoire ça reste de l’art vivant.
Quand vous menez des ateliers avec des amateurs, est-ce que vous préférez adapter une pièce de votre répertoire ou en créer une inédite ?
Tout dépend de ce qu’on me demande. Est-ce que le but est de faire découvrir une pièce de notre répertoire, de donner à réfléchir sur « qu’est-ce qu’un chorégraphe »...?
Créer en fonction des participants ou partir d’une pièce déjà composée, finalement, ce sont deux alternatives qui se croisent naturellement. Même quand on improvise, il y a des phénomènes et des principes de mon travail qui vont traverser ce qu’on développe ensemble. Et réciproquement : dans toute forme composée il y a une part de spontanéité et d’improvisation.
Il y a différentes manières de se sentir chorégraphe, et l’une d’elle consiste justement à s’adapter à qui est là : qu’est-ce que cette personne vit, où on est, qu’est-ce qui se passe.
Je tiens à ce dialogue entre ce qui me correspond esthétiquement et éthiquement et ce qui est là : comment le mettre en valeur, et qu’est ce qui fait qu’on ne va pas subir ce qu’il est en train de faire mais s’y intéresser vraiment
J’ai travaillé avec des personnes qui pouvaient à peine bouger (dans maison de retraite) aussi bien qu’avec des personnes sans papier dans le stress de l’attente d’une régularisation, et je peux dire que si on met les gens en confiance, si on les rassure (contrairement aux usages de la culture française), ils ont plein de choses très belles et très raffinées à partager.
Le site Internet de la compagnie S H I F T S
https://www.s-h-i-f-t-s.org/fr
La vidéothèque de « Danse et répertoire »
https://www.numeridanse.tv/accueil