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Du latin amator, l’amateur, l’amatrice est celle ou celui qui aime et qui aime encore.Dans le langage courant en France, il sert à qualifier celui qui à force d’aimer, de d’intéresser, développe une connaissance, une expertise : amateur de vin, amateur de sport, de voyages... tout autant celle ou celui qui pratique (un art, un sport, une activité) sans en percevoir de rémunération, sans statut professionnel. On dira moins dans ce cas amateur de...

Du latin amator, l’amateur, l’amatrice est celle ou celui qui aime et qui aime encore.
Dans le langage courant en France, il sert à qualifier celui qui à force d’aimer, de d’intéresser, développe une connaissance, une expertise : amateur de vin, amateur de sport, de voyages... tout autant celle ou celui qui pratique (un art, un sport, une activité) sans en percevoir de rémunération, sans statut professionnel. On dira moins dans ce cas amateur de théâtre que faire du théâtre « en amateur ». Dans le premier cas, le mot est plutôt valorisant et souligne une valeur ajoutée, une faculté supplémentaire ; dans le second cas en revanche, le mot renvoie à un statut perçu comme moins valorisant, accompli, maitrisé que le statut professionnel.
Outre que dans les faits, il n’en est rien, cette opposition amateur/professionnel empêche souvent au mot amateur de révéler ses dimensions essentielles : le travail, l’épanouissement et le plaisir.

Notons que le mot a peu d’équivalents dans les autres langues européennes. En anglais, volunteer signifie plutôt bénévole, et son adjectif est clairement unpaid. On emploie enthousiast ou fan pour dire le plaisir de s’intéresser à un sujet. En allemand, Liebhaber signifie tout autant amateur qu’amoureux ou amant. Dans ces deux langues, un utilise volontiers le mot français. L’espagnol privilégie aficionado, et l’italien semble nourrir le même trouble qu’en français en utilisant parallèlement appassionato et dillettante, le mot dilettante étant en français également l’acception péjorative correspondant à amateur.

C’est quoi, être « amateur » ?
Quelle intention met-on derrière ce mot ?
Pourquoi l’amour s’est-il caché derrière un statut qui laisse planer le doute sur le talent et sur la légitimité ?
Pourquoi le mot « amateur » fait-il si peur ? Ou pourquoi au contraire suscite-t-il autant de revendications enflammées ?
Y-a-t-il d’autres pratiques artistiques non professionnelles qui ne soit pas amateur… amatrices ?
Peut-on employer amateur au féminin ? Peut-on ne pas employer le mot amateur ? Que dire d’autre ?
Quelles expériences ne sont pas racontées faute de mots ? faute d’espace(s) pour le dire ? L’amateur doit-il avoir « lieu » ?

Comment témoigner la valeur du choix de ne pas se professionnaliser ?
Pourquoi ne parle-t-on jamais du PLAISIR ?
Comment mieux prendre en compte le FAIRE ?
Est-ce qu’être amateur, c’est faire en vain ?

Il est communément admis que la pratique sportive est bonne pour la santé et présente de nombreux atouts pour le collectif : lien social, apprentissage, partage des valeurs, esprit d’équipe, sens du défi, plaisir de la fête… Les pratiques artistiques sont moins reconnues comme levier d’émancipation collective et d’épanouissement individuel. Reliées à ce mot trop grand qu’est la culture, elles peuvent évoquer une dimension intellectuelle, élitiste, voire rébarbative ou poussiéreuse, ou restent cloisonnées dans un domaine artistique (le verbe « danser » ne vous évoquera pas la même chose devant l’Opéra Garnier que sur le Parvis de la Défense ou en boite de nuit…).

La diversité des expériences de terrain replace l’humain au centre des préoccupations et interroge les finalités des politiques culturelles, bien plus que leurs moyens. Le respect des droits culturels, la prise en compte du plaisir, de l’épanouissement, de la fierté personnelle et de l’entreprise collective ouvrent un champ des possibles déjà à l’œuvre dans de multiples expériences.
Comment agissent sur nous les opportunités de faire ? d’apprendre et de former ? d’entreprendre à plusieurs ?
Quels effets sur l’épanouissement ? la responsabilité ? l’autonomie ? nos parcours et nos choix ?

Les personnes qui ont une pratique artistique régulière et investie se définissent rarement comme « amatrices ». Comment se nomment eux-mêmes les amateurs ?
Se nomment-ils / elles ? Auprès de qui ?

Au risque de devenir « des professionnel·les de l’amateurisme », comme le redoutait avec humour Mohammed El Khatib que l’on interrogeait en 2018 et pour sortir de l’opposition apparemment structurelle entre « amateur » et « professionnel », il semble nécessaire d’ouvrir un espace pour mettre en partage la pensée sur les pratiques en amateur, et contribuer ainsi à les rendre plus légitimes.

Le dossier thématique « C’est quoi, amateur » recense toutes les approches qui permettent de questionner et d’enrichir l’emploi du mot « amateur » : mémoires et thèses universitaires, rapports, articles, généralistes ou par domaines artistiques ; mais aussi approches et définitions sensibles, retours d’expériences et contributions spontanées.