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Quelle juste place pour le bénévolat dans la culture ?

Par Hélène Carbonnel, le 25 août 2025.

Partout en France, des milliers de personnes donnent de leur temps pour faire vivre la culture. Elles sont présentes dans les festivals, les bibliothèques, les musées, les écoles de musique ou les associations locales. Elles accueillent le public, organisent des événements, prêtent main-forte aux équipes professionnelles ou assurent des responsabilités dans les conseils d’administration. Ce sont les bénévoles de la culture, essentiel·les au fonctionnement de nombreux projets, mais dont le rôle reste peu reconnu dans les politiques publiques.

Le Cycle des Hautes Études de la Culture (CHEC), un programme porté par le ministère de la Culture pour nourrir la réflexion stratégique des acteurs du secteur, a choisi d’interroger cette année leur rôle. Un des groupes d’auditeurices, accompagné par Bruno Ory-Lavollée, s’est attaqué à cette question simple mais trop longtemps négligée : quelle est la juste place du bénévolat dans la culture ?

L’ombre portée d’un engagement massif

Le rapport souligne une réalité sous-estimée : les bénévoles occupent une place centrale dans le paysage culturel français. Plus de 1,7 millions de personnes s’engagent dans des actions culturelles de manière volontaire, qu’il s’agisse de contributions ponctuelles ou d’un investissement régulier, parfois jusqu’à la gestion d’une structure. Leur présence est indispensable au bon déroulement d’un grand nombre d’activités, notamment dans les festivals, les bibliothèques ou les musées de proximité.
Pourtant, leur rôle reste encore insuffisamment reconnu dans les politiques culturelles nationales. Là où d’autres secteurs, comme le sport, ont développé des dispositifs pour structurer et valoriser cet engagement, le champ culturel peine à intégrer pleinement le bénévolat dans ses orientations stratégiques, souvent centré sur la professionnalisation des métiers.

Entre passion, lien social et engagement politique

Les motivations à s’engager bénévolement dans la culture sont multiples. Pour certain·es, c’est le plaisir de participer à un projet artistique ou de contribuer à la vie d’un lieu ou d’un événement. Pour d’autres, notamment dans les territoires ruraux, c’est une façon concrète de soutenir l’accès à la culture et de renforcer le lien social local. Cet engagement peut aussi répondre à un besoin personnel d’utilité, de partage ou d’apprentissage.
Cet investissement, toutefois, évolue. Le profil des bénévoles change : la participation des retraités diminue, tandis que les plus jeunes s’impliquent davantage, mais souvent de manière plus ponctuelle. L’engagement est aujourd’hui plus souple, parfois moins durable. Ces transformations poussent les structures associatives à adapter leurs modes de fonctionnement, notamment pour assurer la continuité de leurs instances dirigeantes et maintenir leur capacité d’action.

Entre bénévolat et salariat, une frontière sensible
Le rapport ne cache pas les tensions qui existent parfois entre salariés et bénévoles. Dans un secteur culturel fragile, où les emplois sont souvent précaires, la crainte d’une substitution du salariat par du bénévolat est bien réelle. Et elle est légitime. D’où l’importance de clarifier les rôles, de poser un cadre juridique solide, et de valoriser les compétences bénévoles sans les instrumentaliser.
Le sujet concerne en particulier les pratiques artistiques en amateur, surtout dans les domaines du théâtre, de la musique ou de la danse. De nombreuses compagnies, chorales ou ensembles fonctionnent presque exclusivement grâce à l’engagement bénévole de leurs membres, à la fois porteurs du projet artistique et contributeurs à sa réalisation. Dans certains cas, cet investissement permet à des formes de création non professionnelles de s’inscrire durablement dans le paysage culturel local — illustrant une autre facette du bénévolat : celle de la co-production artistique.

Redonner de la place et du sens
Le rapport propose un ensemble de recommandations concrètes pour mieux prendre en compte le bénévolat dans les politiques culturelles. Cela passe par la création d’un observatoire du bénévolat culturel, la désignation de référents dans les DRAC, la mise à disposition de guides pratiques pour les structures, un renforcement des offres de formation, ainsi qu’une meilleure reconnaissance des compétences acquises dans ces engagements. Une attention particulière est aussi portée à l’idée d’impliquer les bénévoles dès les premières étapes des projets, et non uniquement dans leur mise en œuvre.
Il s’agit, plus largement, de reconnaître que l’action culturelle repose aussi sur l’engagement des citoyens. Le bénévolat ne se limite pas à un soutien logistique : il contribue à faire vivre les lieux, à entretenir le lien avec les publics, et à ancrer les projets dans leur territoire. Mieux intégrer cette dimension, c’est renforcer la diversité et la vitalité de l’écosystème culturel.

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