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La diffusion des spectacles amateurs

Par Sonia Leplat, le 17 mai 2024.

De quoi s’agit-il ?

AprĂšs des mois, parfois des annĂ©es, de travail et de rĂ©pĂ©tition, il n’est pas rare qu’un spectacle ne joue qu’une fois, ou trop peu. Le fait de jouer son spectacle est au centre des prĂ©occupations de bien des compagnies et groupes amateurs :
Quelles perspectives et modalitĂ©s de diffusion ?
AuprĂšs de quelles structures ? De quels festivals ?
Comment identifier les rĂ©seaux existants et les appels Ă  participation ?
Comment rĂ©pondre Ă  des conditions d’accueil parfois exigeantes ?

Bref... Comment s’y prendre ?

La Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, a rĂ©uni plusieurs compagnies amatrices pour entendre leurs rĂ©ponses Ă  ces questions et permettre le partage de leur expĂ©rience sur les rĂ©seaux de diffusion, les besoins et conditions d’accueil des crĂ©ations des groupes amateurs dans le paysage artistique et culturel d’aujourd’hui.

La diffusion des spectacles amateurs

La diffusion des spectacles est au centre des prĂ©occupations de bien des compagnies et groupes amateurs : quelles perspectives et modalitĂ©s de diffusion ? AuprĂšs de quelles structures ? De quels festivals ? Comment identifier les rĂ©seaux existants et les appels Ă  participation ? Comment rĂ©pondre Ă  des conditions d’accueil parfois exigeantes ?

Le 11 fĂ©vrier 2023, la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs, a proposĂ© une rencontre, en dialogue avec les reprĂ©sentant·es de trois compagnies de théùtre : VĂ©ronique Chekroun pour Les Théùtronautes, Valentine Roy pour le collectif les Sans Lendemain, Simone Combier et FrĂ©dĂ©ric Duten pour Rang L Fauteuil 14, mais Ă©galement les compagnies Roxane et Juste RĂ©plique. Il y a Ă©tĂ© question de rĂ©seaux de diffusion, des besoins et conditions d’accueil des crĂ©ations des groupes amateurs et de la place de ces Ă©quipes dans le paysage artistique et culturel d’aujourd’hui.

Voici ici la synthÚse de cet échange et retrouvez en vidéo attachée à cet article la table ronde intégrale ponctuée des interventions nombreuses des autres équipes amatrices présentes ce jour-là à la MPAA/Broussais, dans le domaine du théùtre, mais également de la musique et de la danse.

SynthÚse de la table ronde du 11 février 2023 à la MPAA/Broussais

Il n’y pas de recette toute faite, ni pour mener sa pratique en amateur, ni pour diffuser son spectacle. NĂ©anmoins, les constats et problĂ©matiques soulevĂ©es sont rĂ©currentes.

Qu’est-ce qui fait qu’un spectacle amateur « joue » ?
Ce qui fait qu’un spectacle amateur peut se jouer relĂšve principalement du nombre de personnes au plateau, pour des raison de taille de lieu, du coĂ»t des dĂ©placements, des dĂ©fraiements (contraintes) mais aussi de la possibilitĂ© de rĂ©partir les tĂąches et de multiplier les rĂ©seaux (avantages) ; cela dĂ©pend Ă©galement de la capacitĂ© (envie) de louer une salle de spectacle afin de jouer au maximum tout en assurant, via les recettes de billetterie, une rentrĂ©e d’argent Ă  l’association ; enfin autre moyen de jouer : ĂȘtre programmĂ©, dans le cadre de festivals ou dans des lieux qui rĂ©servent un temps Ă  la programmation de spectacles amateurs.

Les festivals.

On distingue deux types de portage des festivals : organisation par une compagnie amatrice, souvent affiliĂ©e Ă  la FNCTA, ou portĂ©e par une collectivitĂ© territoriale, le plus souvent une commune. Parmi les diffĂ©rences, il s’avĂšre que les compagnies se dĂ©placent davantage pour voir les spectacles en amont, alors que les villes demandent des captations ou supports vidĂ©o pour se faire une idĂ©e des spectacles. Les compagnies amatrices restent aussi davantage « entre elles » alors que les mairies peuvent programmer de maniĂšre mixte avec de jeunes Ă©quipes en voix de professionnalisation. Certains festivals proposent un prix (du jury, du public), dans un esprit concours ou tremplin, d’autres proposent uniquement une programmation.

De quoi a-t-on besoin pour jouer en festival ?

Candidater. C’est-Ă -dire remplir un dossier, prendre connaissance des conditions et s’assurer d’ĂȘtre Ă©ligible, notamment d’un point de vue territorial car certains festivals rĂ©gionaux acceptent exclusivement les compagnies domiciliĂ©es dans leur rĂ©gion.
Un·e rĂ©gisseur·se. Il est de plus en plus frĂ©quemment demandĂ© de venir avec un rĂ©gisseur, ou pour le moins une personne qui assure la rĂ©gie du spectacle. Dans le cas d’un accompagnement de l’équipe par un·e metteur·se en scĂšne professionnel·le, c’est lui ou elle qui assure la rĂ©gie. Dans le cas contraire, cette exigence pose problĂšme aux compagnies : elles n’ont pas les moyens financiers d’embaucher un rĂ©gisseur professionnel, et quand bien mĂȘme elles le pourraient, le GUSO impose de payer au moins un interprĂšte si un rĂ©gisseur est rĂ©munĂ©ré  Cette rĂ©glementation freine non seulement l’emploi (des rĂ©gisseurs en question qui de plus en plus proposent leurs services en tant qu’auto-entrepreneurs) mais aussi bien-sĂ»r la valorisation du travail artistique des amateurs·ices.
D’un minimum de moyens financiers. Qu’ils soient pris en charge par l’organisation collective ou associative de l’équipe ou de maniĂšre individuelle, les frais de dĂ©placement ne sont pas toujours pris en charge par les festivals. Il est nĂ©cessaire de prĂ©voir un budget dĂ©placement, hĂ©bergement et/ou restauration.

Équilibre financier prĂ©caire

Jouer leurs spectacles coĂ»te de l’argent aux Ă©quipes amatrices. Il faut payer pour louer une salle, mĂȘme si au final un bĂ©nĂ©fice peut ĂȘtre rĂ©alisĂ©. Et il faut payer pour accompagner son spectacle en festival, parfois en programmation dans des villes ou villages (transports des personnes, du dĂ©cor, repas, hĂ©bergements
).
Les sources de revenus d’un spectacle amateur sont peu nombreuses : l’adhĂ©sion des membres de l’équipe Ă  l’association (auto-financement) ; recettes de billetterie lorsque la compagnie se produit (rare dans le cas d’une programmation) ; et plus rarement des subventions communales ou dĂ©partementales.
Il est soulignĂ© l’attention Ă  porter Ă  l’équilibre coĂ»t de location / recettes possibles. MĂȘme la MPAA dont la mission premiĂšre est d’accueillir des spectacles amateurs, est soumise Ă  une augmentation des tarifs de location qui empĂȘchent certaines Ă©quipes de pouvoir louer, ou les exposent Ă  des risques de dĂ©ficit si la salle n’est pas pleine.

Comment dĂ©passer le premier cercle de public ?

Ami·es proches, famille constituent ce premier cercle. Mais quand on aime jouer, qu’on a travaillĂ© dur, on a envie de montrer sa crĂ©ation Ă  d’autres publics, moins « acquis », plus spontanĂ©s, qui vont encore faire progresser le jeu et les enjeux. Jouer dans des festivals permet souvent de rencontrer des publics trĂšs diffĂ©rents, qui suivent le festival en lui-mĂȘme, ou d’autres compagnies. Quand on loue la salle, il est plus compliquĂ© de dĂ©passer le premier cercle, mais il ne faut pas hĂ©siter Ă  mobiliser autour de soi : collĂšgues de travail, cercles de connaissance plus Ă©largis, voisins, etc.

De quoi a-t-on besoin pour mieux diffuser son spectacle ?

Les rĂ©flexes Ă  adopter pour diffuser son spectacle consistent Ă  s’appuyer sur les ressources existantes. En premier lieu, les membres de l’équipe. Qui peut faciliter quoi ? Quelles sont les relations qui peuvent ĂȘtre activĂ©es ? Connaitre le maire d’une petite commune peut faciliter un accueil dans une salle des fĂȘtes, avoir une grande maison Ă  la campagne peut permettre une rĂ©sidence de crĂ©ation et la prĂ©sentation d’une Ă©tape de travail, etc. Les relations professionnelles ne sont pas Ă  nĂ©gliger : est-ce que mon entreprise peut accueillir le spectacle ? Ou me prĂȘter un lieu ? Enfin, il est important de rĂ©flĂ©chir aux liens avec la thĂ©matique : jouer un spectacle sur le monde du travail au CNAM, un spectacle sur la mĂ©decine dans un hĂŽpital, etc. Il peut ĂȘtre intĂ©ressant Ă©galement de penser diffĂ©rents formats du spectacle (en salle, en dĂ©ambulation, en extĂ©rieur, etc.).
Pensez aussi aux associations caritatives ou aux fondations qui peuvent réguliÚrement présenter des spectacles.

Multi-apprentissage

Avoir une pratique en amateur permet de dĂ©velopper des compĂ©tences artistiques. Diffuser un spectacle amateur oblige Ă  dĂ©velopper d’autres compĂ©tences encore : administratives (dossiers de candidature, budget, comptabilitĂ©), logistiques (rĂ©servation, planning), ou encore technique (faire une fiche technique, Ă©changer avec l’équipe technique de la salle).

Nécessité de formation technique
Les tĂ©moignages s’accordent tous sur la nĂ©cessitĂ© de formations techniques pour les amateurs·ices. Beaucoup d’interprĂštes ou metteurs·ses en scĂšne seraient heureux·ses de pouvoir accompagner leurs spectacles aussi sur le plan technique, d’apprendre les bases pour diffuser plus librement et dans de meilleures conditions.

Attention aux conditions de programmation dans les salles privées parisiennes

Il n’est pas rare que des compagnies amatrices soient sollicitĂ©es par des théùtres parisiens dans le cadre d’une corĂ©alisation (partage de recettes entre le théùtre et la compagnie). Or, trĂšs souvent ces corĂ©alisations sont soumises Ă  un minimum garanti qui oblige la compagnie Ă  verser une somme forfaitaire minimale au théùtre, ce qui revient donc Ă  une location, mais sur une sĂ©rie parfois longue ce qui peut induire des difficultĂ©s pour remplir la salle. Ces sĂ©ries de reprĂ©sentation dans un cadre expressĂ©ment lucratif peuvent Ă©galement engendrer le risque de requalification du spectacle en spectacle professionnel qui implique la rĂ©munĂ©ration de toute l’équipe.

Faut-il dire qu’on est amateur ?

Plusieurs retours tĂ©moignent du « regard qui change » quand on annonce qu’on est une compagnie amatrice, notamment pour la location d’une salle. Les festivals ou programmations qui sont plus spĂ©cifiques aux amateurs posent moins problĂšme. La lĂ©gitimitĂ© des spectacles amateurs pose question en France. Dans l’imaginaire collectif, quand on monte sur scĂšne, on est forcĂ©ment professionnel, mĂȘme s’il est admis qu’on n’est pas toujours payĂ©, ou trĂšs mal.
Il semble aussi qu’on permette aux amateurs les spectacles drĂŽles, uniquement divertissant, « pour s’amuser », alors que beaucoup d’équipes sont dans une rĂ©elle dĂ©marche de recherche sur des sujet pas forcĂ©ment lĂ©gers.

Est-on plus libre quand on est amateur ?

L’injonction de trouver une production, d’équilibrer un budget et de se rĂ©munĂ©rer incombe moins aux amateurs. On peut donc a priori se sentir plus libre de monter un texte parce qu’il nous plait, de jouer tel rĂ©pertoire parce qu’il nous amuse ou nous challenge, sans pour autant rĂ©flĂ©chir Ă  une stratĂ©gie de succĂšs. Cependant, les conditions de diffusion Ă©tant de plus en plus calquĂ©es sur les conditions professionnelles (rĂ©gisseur, salles habilitĂ©s, personnels de sĂ©curitĂ© SSIAP
), l’économie et l’attractivitĂ©, et donc le rĂ©pertoire des spectacles amateurs deviennent des sujets Ă  ne pas nĂ©gliger.
Les compagnies prĂ©sentes soulignent la nĂ©cessitĂ© de ne pas se laisser enfermer dans trop de contraintes et d’affirmer leurs choix artistiques qui sont parfois aussi politiques, engagĂ©s. Surprendre le public reste un enjeu et il n’est pas rare d’entendre le public fĂ©liciter l’audace de la proposition tout autant que la qualitĂ© artistique.

Le rÎle des pouvoirs publics dans le soutien à la diffusion des spectacles amateurs, et aux pratiques artistiques en général. Les pratiques en amateurs sont les grandes oubliées des politiques culturelles. Elles ne sont souvent pas connues, pas recensées, par prises en compte, pas écoutées.
Il est soulignĂ© l’importance de ces rencontres pour construire un modĂšle qui se dĂ©marque de celui des professionnels et soit propre aux amateurs.

La liste des festivals et des salles qui programment ou peuvent accueillir des spectacles amateurs ?

Il est proposĂ© de la constituer sur AZIMUT, par le rĂ©fĂ©rencement de ces salles, lieux et festivals, sans se priver des commentaires qui permettront de faire un retour sur les qualitĂ©s d’accueil le cas Ă©chĂ©ant.
Salle / lieu
Code postal / Ville
Festival ou Ă  l’annĂ©e
Taille plateau et jauge
Conditions d’accĂšs : location ou programmation
ÉligibilitĂ©

AbĂ©cĂ©daire :

Les sigles frĂ©quemment utilisĂ©s lors de cette table ronde :

  • COFAC : Coordination des FĂ©dĂ©rations et Associations de Culture et de Communication
  • FNCTA : FĂ©dĂ©ration Nationale des Compagnies de Théùtre Amateur
  • GUSO : Guichet Unique d’Organisateur de Spectacle
  • SACD : SociĂ©tĂ© des Auteurs et Compositeurs Dramatiques

Captation vidéo réalisée par Chloé Sanguinetti (Unagi Studio).

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